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La vie du Ramhal

 

Ramhal forme les initiales de Rabbi Moche Hayim Luzzatto qui naquit dans le ghetto de Padoue en Italie en 1707. Ses parents, Jacob Vita et Diamente Luzzatto, étaient des gens nobles, mais modestes et pieux. Ils donnèrent à leur fils une formation Yeshivatique, alors que d'autres parents préféraient pour leurs enfants la faculté de Médecine de l’Université de Padoue. Dès son plus jeune âge, Ramhal démontre un talent exceptionnel pour l’étude de la Kabbalah, dans une lettre adressée à Rabbi Mordekhai Yaffé de Vilna par son ami et élève Rabbi Yekoutiel Gordon, nous lisons :

"Ramhal avait à peine quatorze ans qu’il connaissait déjà toute la Kabbalah du Ari’Zal par cœur et personne n’était au courant, pas même ses parents."

A l’âge de quinze ans il écrit déjà son premier livre de Kabbalah. Son maître le Rabbin Isaïe Bassan, célèbre Talmudiste et un des grands Rabbins d’Italie, écrit à propos du Ramhal :

"Je lui ai communiqué chaque étape de la connaissance et toutes mes possessions spirituelles étaient à sa disposition, car rien n’était caché à ce génie assoiffé de savoir…Il cherchait dans toute ma bibliothèque pour trouver quelques uns des écrits de Kabbalah que D. m’avait accordés, puis il traversait le courant, en goûtant au Ets Hayim. Son esprit se mit alors à arpenter la plaine des secrets et commença à les aimer et à s’en délecter .."

A l’âge de dix sept ans il dénote déjà certaines contradictions dans le Ets Hayim . Aussi, il compose son livre `Lechone Limoudim`dans lequel il précise les règles modernes des genres, de la stylistique, de la rhétorique et de la versification qui doivent désormais guider les écrivains rédigeant leurs œuvres en hébreu. Ramhal y montre déjà une habilité sans égale dans l’utilisation des métaphores et particulièrement dans les assonances; il utilise cette habileté avec la plus grande efficacité dans ses différents écrits dramatiques. C’est grâce à ces derniers que Ramhal sera proclamé `le père de la littérature hébraïque moderne` .

Durant la même période un Maguid se révèle au Ramhal, dans une lettre à Rabbi Benjamin Hacohen en décembre 1729 il écrit :

"… alors que je méditais sur un Yihoud, je me suis endormi, et lorsque je me suis réveillé, j’ai entendu une voix : ‘Je suis descendu pour révéler des secrets cachés du Saint Roi’’. Je restais un moment tremblant, puis je me suis ressaisi et la voix n’a cessé de révéler des choses mystérieuses. Le lendemain à la même heure, je pris la précaution d’être seul dans ma chambre, la voix s’est alors remanifestée pour me révéler un autre secret, jusqu’au jour ou elle me révéla qu’elle était un Maguid.…Trois mois plus tard il me transmit d’autres Yihoudim à accomplir quotidiennement afin de mériter la visite du prophète Elie... Puis le prophète Elie vint raconter des secrets célestes; il annonça ensuite la venue de Matatron – le grand Prince des Anges…"

Sous la dictée du Maguid il écrit des milliers de pages et dévoile de sublimes secrets.

Un cercle d’étude mystique se forme autour de lui, son but : la lecture et l’étude permanente du Zohar et le Tikoun Hachechina et de tout Israël. L’adhésion à ce cercle exigeait de se conformer à des règles de pureté et de dévotions mises par écrit et signées par les membres.

Une fois les buts de ce cercle d’études et le dévoilement du Maguid connus, certains Rabbins et plus particulièrement, le Rav Moche Haguiz, commencèrent à faire la guerre au Ramhal. Pour eux, suite au déchirement dans la communauté d’Israël causé par le mouvement pseudo-messianique du faux messie Sabbataï Tsevi , le mysticisme et la Kabbalah étaient synonymes d’égarement et de danger pour la communauté.

Cette guerre, ou plutôt cette persécution, les attaques ne venant que d’un seul sens, sont largement décrites dans les correspondances entre le Ramhal et son maître le Rabbin Bassan. Une des lettres écrites par le Ramhal nous démontre son esprit de paix et sa supériorité aux basses querelles; à ce sujet il écrit d'ailleurs à son maître :

"Essayez par votre sagesse, maître, d’abolir leurs arguments… à quoi servirait cette querelle… je ne veux créer de conflit avec quiconque... c’est la paix dont nous avons besoin..."

Au Rabbin Moche Haguiz il écrit :

"A l’illustre sage.. son nom est parmi les grands… fils de justes… comment vous, un sage – comme un ange de D. êtes-vous parti en guerre sans chercher à approfondir le problème; déclarer une guerre contre quelqu’un que vous n’avez jamais vu ni connu… Non ce n’est pas une bonne chose. En tous cas, arrêtons cette querelle… ne faisons pas place au Satan pour le laisser danser parmi nous…"

Pendant cinq années se prolonge une période de persécution où, nous voyons Ramhal essayer de se défendre, de répondre aux accusations, particulièrement à celles du Tribunal Rabbinique de Hambourg dont le Rabbin Ezekiel Katzenellenbogen en était le chef. Mais que lui reproche t-on finalement ? Rien vraiment, sauf peut-être d’avoir écrit sur la Kabbalah, de mentionner le Messie et de dévoiler ses communications avec le Maguid . Pourtant, jamais, et dans aucun écrit, il ne fait allusion à sa propre personne comme étant le Messie ou un sauveur quelconque. Dans une de ses lettres aux Rabbins de Livourne il écrit :

Des miracles je n’en fais pas, prédire l’avenir non plus. En réalité, beaucoup de gens m’entourent pour étudier la Torah, ensuite, j’écris un certain nombre de livres comme le Seigneur me le permet.(…) Même les magiciens de Pharaon ont pu réaliser des miracles devant Moise (...) Et à mon humble avis, ce n’est pas la manière de vérifier le contenu d’une science.

Malgré cette déclaration qui ne peut être plus claire, et sur l’insistance du Rabbin M. Haguiz, on lui fait signer une rétractation officielle en 1730 de ses écrits et dans ce document il approuve que :

Le devoir de tout Juif est d’obéir à l’ordre des Rabbins même s’ils disaient que la main droite est la main gauche et que la main gauche est la main droite et d’arrêter d’écrire dans le langage du Zohar sur la Kabbalah au nom d’un Maguid ou d’âmes saintes afin de ne pas provoquer de querelles au sein des sages d’Israël.


Suivant cet engagement, il envoie tous ses écrits Kabbalistiques d’avant 1730, à son maître Rav. Bassan qui les scella dans une boite et les remit au Rabbin Moise Alproun à Padoue.

De 1730 à 1734 il écrit plus de 40 ouvrages de Kabbalah, non pas au nom du Maguid, afin de respecter son engagement, mais plutôt dans un langage clair et rationnel.

En 1735, à l’age de 28 ans, n’en pouvant plus de se faire harceler, il quitte l’Italie seul pour la Hollande.

De passage à Frankfort, il rencontra le Dayan Rabbi Yaacov Papiroch, ce dernier le somma de quitter et le força à signer un autre engagement, l’empêchant d’écrire et d’étudier avec quiconque des écrits de Kabbalah, mais tout en se gardant le droit d’étudier les écrits du Ari Z'aL à l’âge de quarante ans, que malheureusement il n’atteindra pas .

Les choses ne se calmèrent qu’en 1736 à la mort de son maître le Rav. Bassan, de l’enterrement de la malle qui contenait les écrits manuscrits et de la grande maladie de Rav. Haguiz.

A Amsterdam, une période d’accalmie suivit jusqu’en 1743, là-bas Ramhal fut nommé Roch Yeshiva et écrit son livre le plus populaire et un des plus étudié dans les Yeshivot jusqu’à aujourd’hui : Mesilat Yesharim – La voix des justes, chef-d’œuvre d’éthique non moralisatrice. Dans la même période il publie deux autres œuvres importantes, Daat Tevounot – Les voies de la direction Divine et Derekh Hashem – La voie de D.

En 1743 il réalise son rêve de monter en Eretz Israël, car comme disent nos sages `La résidence en terre d’Israël est un commandement contenant toute la Torah`` . Très peu de détails sont connus sur sa vie en Israël, sauf qu’il aurait habité la ville d’Acco prés de Tibériade. Son séjour là-bas fut de courte durée, puisqu’il décéda en 1746 à l’age de 39 ans avec sa famille, lors d’une épidémie.

Une question se pose, Ramhal a t'il écrit des livres en Eretz Israël ? Aucun n’est connu à ce jour, mais il serait difficile de croire que, après avoir été persécuté afin de ne pas écrire, qu’une fois sa pleine liberté retrouvée, il ne l’ait pas fait.

Comme plusieurs grands génies de l’histoire, le Ramhal ne fut surtout reconnu qu’après sa mort. De grands maîtres tel que le Gaon de Vilna déclara que si Ramhal était vivant, il irait à pied en Italie, pour apprendre de sa sagesse. Au sujet du Messilat Yesharim il dit :

"Ce livre témoigne de la grandeur de son auteur et de sa vision extraordinaire de l’élévation humaine… "

Le Maguid de Mezritche disait :
"Sa génération ne méritait pas ce grand homme... C’est ainsi que nombreux sont ceux parmi notre peuple qui, par manque de connaissance, ont proféré sur ce juste des calomnies non justifiées."

Il est dommage que certains Rabbins de sa génération, l’aient prit à tort pour un imposteur et l’ait ainsi empêché de léguer au peuple d’Israël d’autres magnifiques œuvres.

Prions pour que notre génération ait le mérite du dévoilement de tous ses écrits et en particulier du Zohar Tiniana qui fut enterré avec ses autres livres par les Rabbins de Francfort.
Amen.
 

Rav Raphael Afilalo

Extrait de "La Kabbalah du Ari Z'al selon le Ramhal"

info: www.kabbalah5.com